En germanique commun, le nom de ce dieu était *Wōthanaz. Ce terme est apparenté au verbe wehen « souffler », au substantif Wut « fureur, rage », au vieil anglais wōthbora « poète, oracle », et de manière plus lointaine, au latin vātēs « poète, devin, oracle ». Il est devenu Wotan ou Woden en Allemagne et Odin (Óđinn) en Scandinavie. Le mercredi, wednesday en anglais ou winsday en frison septentrional (langue germanique proche de l’anglais), lui était dédié : ces deux mots contiennent le terme wôdenes. Ce jour-là, on lui offrait des sacrifices sur les rochers, près des sources ou dans des arbres.
Pour les Allemands Wotan était avant tout le chasseur nocturne. Il se déplaçait avec ses chiens et ses guerriers fantômes. Il poursuivait des animaux, tels que des sanglier ou des cerfs, ou bien une femme qu’il attachait à sa selle après l’avoir capturée. Elle était la « fiancée du vent ». Durant les nuits d’orage, on croyait entendre le fracas de Wotan, de ses compagnons et de leurs chiens, lancés au grand galop. Il était indissociable de l’orage et de la tempête. La lance qu’il tenait pouvait symboliser la foudre. On le représentait souvent avec un chapeau à larges bords enfoncé sur la tête et un manteau flottant. Il ne semble pas avoir été borgne, contrairement à sa version scandinave Odin. Quand il ne déclenchait pas le tonnerre ou la tempête, il se reposait dans une montagne. Dans tout le monde germanique, il y avait des montagnes de Wotan.
Wotan amenait la pluie et il stimulait la croissance des plantes et des troupeaux. On croyait que les champs sur lesquels la Chasse sauvage était passée étaient très fertiles. Selon un proverbe, « le blé dépérit sans le vent », c’est-à-dire sans Wotan. Lors des récoltes, les paysans l’invoquaient. Par ailleurs, selon une ancienne bénédiction, il protégeait le bétail quand celui-ci allait dans les pâturages ou à l’abreuvoir. On l’invoquait aussi durant les mariages, plus exactement lors d’une course à pieds à laquelle les fiancés et les invités se livraient : il accordait son aide aux concurrents en tant que dieu le plus rapide. Lui-même conquérait sa fiancée après l’avoir poursuivie. Infatigable voyageur, il était le protecteur de tous les voyageurs et particulier des commerçants. Il accordait donc la richesse. Les Romains l’ont par conséquent assimilé à leur dieu Mercure, lequel portait dans son nom même la notion de commerce (il dérive du latin merx « marché »). Le poète romain Ovide s’adresse à lui en ces termes : « Tous ceux qui font profession de vendre des marchandises t’offrent de l’encens et te prient pour leur assurer des profits ».

Odin était borgne, car il avait mis un de ses yeux en gage pour acquérir le Savoir. Comme sa version allemande Wotan, il avait un chapeau rabattu sur le front et un manteau. Il se déplaçait sur un cheval très rapide, Sleipnir. Son aspect plutôt rébarbatif ne l’empêchait pas de paraître irrésistible aux yeux des femmes, et il était réputé être le fondateur de tous les grands lignages. L’Ynglinga Saga de l’Islandais Snorri Sturluson (1179-1241), qui l’a transformé en un souverain mythique, dit cependant de lui qu’il était très beau et de très noble apparence. De plus, « il parlait si éloquemment et suavement que tous ceux qui l’entendaient pensaient que cela seul était vrai. Tous ses propos étaient rimés, comme lorsque l’on déclame de la poésie ». Il était le patron des poètes (appelés scaldes en Scandinavie). Il pratiquait le seid, une magie qui était surtout divinatoire et qui était d’abord une affaire de femmes. Occasionnellement, il était féminisé. Ses dons de magicien, qui faisaient de lui un « roi-sorcier » selon les termes de Georges Dumézil, étaient en rapport étroit avec sa maîtrise de la parole.
Odin avait des guerriers-fauves, les berserkir « chemises d’ours » ou úlfheđnar « pelisses de loups ». Ils se battaient sans armure, protégés par leurs seuls boucliers, mais avec une rage de chien ou de loup, une fureur divine qui les rendait invincibles. Cette fureur, óđr, renvoie directement au nom d’Odin. Il semble raisonnable de rapprocher ces guerriers-fauves des guerriers fantômes, identiques aux esprits de la tempête, accompagnant Wotan durant sa Chasse sauvage, ainsi des Harii, les guerriers fantômes décrits par Tacite. Par ailleurs, il recueillait une partie des âmes des guerriers morts dans sa Valhöll (ou Valhalle), où elles passaient leur temps à se battre et à festoyer.
Plus que le dieu de la Guerre, Odin était celui de la Victoire. C’était lui qui enseignait les secrets stratégiques ; il ne répugnait pas à utiliser la ruse et même la perfidie (conformément au tempérament des Vikings). Son tempérament a été décrit en quelques mots par Régis Boyer : il était « un dieu cruel, méchant, fourbe, cynique et misogyne ». Le fait qu’il ait été présenté comme frère juré de Loki, l’Esprit du Mal de la mythologie scandinave, est lourd de signification.
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