Poséidon est le dieu de la Mer, mais il ne l’a pas toujours été. Il y a une époque où il était chthonien, c’est-à-dire souterrain, et responsable des tremblements de terre. Il possède un trident, arme dont le symbolisme est important : il est lié au chiffre trois. L’un de ses petits-fils, Géryon, possède trois corps joints. Il garde un immense troupeau de bovins. Poséidon lui-même est qualifié de Taúreios « Taurin » et des taureaux lui sont offerts en sacrifice. Minos, roi mythique de Crète, éleva un autel à Poséidon et demanda à recevoir un taureau pour effectuer un sacrifice. Un superbe taureau blanc émergea et nagea vers le rivage. Impressionné par sa beauté, Minos décida de garder et d’offrir un autre taureau à Poséidon. Pour se venger de cet affront, Poséidon poussa Pasiphaé, l’épouse de Minos, à s’éprendre du taureau blanc. L’artisan Dédale construisit une vache creuse en bois, recouvrit d’une véritable peau, dans laquelle Pasiphaé s’installa. Le taureau blanc s’étant accouplé à elle, elle donna naissance au Minotaure, un homme à tête de taureau. Minos demanda à Dédale de construire le Labyrinthe, au centre duquel il cacha Pasiphaé et le Minautore. Ce roi étant l’aîné d’un trio de frères, ses cadets étant Rhadamante et Sarpédon. On retrouve la triplicité de Poséidon.
Beaucoup d’historiens cherchent à retrouver dans ce mythe des souvenirs de la civilisation qui a existé en Crète du XIXe siècle au XIVe siècle avant notre ère et qui a exercé une influence considérable sur les Grecs de cette époque. En fait, c’est de la mythologie purement grecque (et par-delà indo-européenne) projetée sur la Crète. Minos devint juge des Enfers avec Rhadamante et Éaque : malgré le départ de Sarpédon, la triplicité était conservée. Poséidon est un maître des Enfers, mais cela n’apparaît pas explicitement dans les textes. On le devine parce que le monde des morts est situé à l’Extrême-Occident, au-delà de l’océan, et que dans cette région, vivent de nombreux fils de Poséidon. Au sud de la Laconie, son temple se trouve à côté d’un chemin menant aux Enfers. Héraclès l’emprunta pour capturer le chien Cerbère, qui avait trois têtes.
Poséidon
possède un caractère sexuel très
marqué.
Il peut être un amant ou un violeur. Ses conquêtes
sont
innombrables, ses enfants le sont aussi et beaucoup de dynasties
légendaires l’ont pour ancêtre. Sur ce
point, il est
en contraste complet avec Apollon,
malgré la beauté de
ce dernier. Toutefois, les fils de Poséidon sont souvent
monstrueux. Les plus connus sont les Cyclopes
d’Homère. De
telles créatures incarnent la sauvagerie, comme
Poséidon
lui-même. Les dragons dévoreurs de la mythologie
grecque
lui sont tous liés. Il est en rapport avec la
guerre :
l’un de ses fils s’appelle Hopleus, nom
dérivé de
hoplitès
« soldat ». Un autre fils est
censé
avoir inventé le combat à
l’épée.
Durant la guerre de Troie, il se fait lui-même guerrier pour
soutenir les Grecs : « A leur
tête marche
Poséidon, Ébranleur
du sol. Dans sa forte main, il tient une longue
épée,
terrible, pareil à
l’éclair » (Iliade,
XIV). Les descendants de Poséidon ne sont pas tous
monstrueux.
Parmi ses petits-fils, on trouve une personne qui a toutes les
apparences d’un prêtre, Palamède. Il est
doué
d’une grande éloquence. Sa sagesse le pousse
à
condamner la guerre de Troie, qui est longue et ruineuse. On le
crédite de l’invention des nombres, du calendrier
ou de la
mise en ordre de l’alphabet. Il excelle ainsi dans les plus
hautes
activités de l’esprit. De
plus, un fils de Poséidon s’appelle
Euphêmos « Celui
qui parle bien ».
En plus du taureau, Poséidon a d’intimes relations avec le cheval. La création du cheval lui est attribuée et il est souvent qualifié d’Hippios « Chevalin ». Il voyage sur les eaux dans un char tiré par des chevaux qui ont parfois une queue de serpent ou de poisson. Selon un mythe arcadien, Hadès enleva la fille de Déméter, la déesse de l’agriculture et des moissons, pour l’emmener dans les Enfers. Tandis que Déméter la cherchait, Poséidon se sentit attiré par elle. Elle alla se cacher dans un troupeau de juments en prenant l’apparence d’une jument, mais Poséidon s’en aperçut et la rejoignit en prenant lui-même la forme d’un étalon. De leur union, naquit une fille appelée Despoina, la « Maîtresse », et le cheval Aréion. Il n’est pas sans intérêt de constater que ce même cheval est, selon un autre mythe, issu de l’union de Poséidon avec la Gorgone Méduse dans le temple d’Athéna. Cette dernière a des liens étroits avec Poséidon comme avec le cheval (et sa fonction d’agricultrice la rapproche de Déméter) : elle est qualifiée d’Hippiâ ou de Damasippos « Celle qui dompte les chevaux ».
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