Les Iraniens

1. Iraniens occidentaux et orientaux.

Les Iraniens au sens commun du terme, c’est-à-dire les habitants de l’Iran, sont actuellement les plus nombreux locuteurs des langues iraniennes. Le persan est également parlé en Asie centrale, où il prend le nom de tadjik. C’est la principale langue du Tadjikistan mais elle est aussi utilisée en Afghanistan et en Ouzbékistan, voire en Chine occidentale, dans la province du Xinjiang. La langue des Patchounes, qui vivent à cheval entre l’Afghanistan et le Pakistan, est apparentée au persan, de même que certaines langues des Pamirs, comme le wakhi (ou waxi). Elles sont aussi qualifiées d’iraniennes. On trouve également une langue iranienne dans le Caucase : celle des Ossètes. Ces langues des Pamirs ou du Caucase sont en fait les vestiges d’une époque où les langues iraniennes occupaient une zone immense allant de l’Ukraine jusqu’à la Sibérie méridionale, sur le cours de l’Iénisséi. Dans lAntiquité, les Iraniens dominaient les Slaves. Le mot qui signifie « dieu » en russe, bog, vient de l’ancien iranien *baga-. On pourrait encore citer le slave oriental div « apparition maléfique » et sobaka « chien », qui viennent respectivement de l’iranien daiva « démon » et spaka « chien ».

Les Iraniens sappelaient eux-mêmes les Arya, terme qui a été francisé en Aryens. C’est ce mot qui a donné son nom à l’Iran. Avant notre ère, ce pays était en effet appelé Aryānām xshāthram, où le x se prononce comme le ch dur allemand et th se prononce à la manière anglaise. Cette expression signifiait « royaume des Arya ». Durant les premiers siècles de notre ère, elle s’est transformée en Ērān shahr, et c’est le premier de ces deux mots qui est devenu Iran. Le terme xshathra signifiait « royaume ». Son sens a évolué en « ville » tandis qu’il se déformait en shahr.

Ces langues iraniennes sont partagées en deux groupes, qualifiés d’occidental et d’oriental. Le premier d’entre eux comprend le persan et le kurde, mais aussi le baloutche, présent à l’ouest de l’Afghanistan. Les Perses sont arrivés sur le plateau iranien dès le IXe siècle avant notre ère ; les chroniques assyriennes les ont mentionnés sous le nom de Parsua. Avec eux, se trouvait un autre peuple iranien aujourd’hui disparu, les Mèdes. D’où venaient-il ? Selon toute probabilité, des steppes du nord de la Mer Noire, mais la route qu’ils ont suivie n’est pas encore connue. Le plateau iranien fut d’abord dominé par les Mèdes. Le Perse Cyrus se révolta contre eux en -553 et parvint à une victoire complète après trois ans de guerre. Fondateur de l’empire des Achéménides, il prit le titre de « Grand Roi, Roi des Rois, Rois des Pays ». La langue que les Perses parlaient alors est appelée le vieux perse. Elle l’utilisait l’écriture cunéiforme, élaborée il y a plus de 5000 ans par les Sumériens en Mésopotamie. En Europe, les Achéménides sont surtout connus pour leurs tentatives ratées de conquête de la Grèce : ce sont les « guerres médiques », aux alentours de -500. Alexandre le Grand mit fin à ce premier empire iranien en -331. Les territoires quil conquit passèrent aux mains de son général Séleucos, fondateur de la dynastie grecque des Séleucides.


                                                                       Soldats achéménides

Les Parthes étaient des Iraniens occidentaux installés sur les rives orientales de la Mer Caspienne. Leur nom était connu dHérodote, un voyageur et historien grec du Ve siècle avant notre ère. A partir de -247, pendant trente-sept ans, ils furent gouvernés par Arsace, un homme aux origines obscures. Il fonda la dynastie des Arsacides. Mithridate I, qui régna de -171 à -138, transforma le royaume dArsace en un empire qui incluait la Perse, lAssyrie et la Babylonie. Ses conquêtes se firent aux dépends des Séleucides, basés à Antioche à lextrémité méridionale de la Turquie, sur la Méditerranée. Ils avaient une deuxième capitale appelée Séleucie, sur le Tigre, qui fut prise par les Arsacides. En 226, le Perse Ardashir I vainquit les Parthes et fonda la dynastie des Sassanides. Ce fut une sorte de renouveau national pour les Perses, qui prirent le zoroastrisme comme religion officielle. Ce souverain régna jusquen 241. Sa dynastie fut victime en 651 des conquêtes entreprises par les Arabes, qui importèrent lislam dans le monde iranien.

Des Iraniens orientaux ont aussi créé un empire, en Asie centrale. Ce sont les Kouchanes, mais lon ne dispose que de très peu dinformations à leur sujet. Au temps de sa plus grande extension, cet empire sétendait de lOuzbékistan à lInde du Nord. La date de sa création a fait lobjet de longues controverses, mais il semble que ce soit lannée 78. La dynastie qui la dirigeait était très probablement dorigine sace (voir ci-dessous). La liste des souverains est connue grâce à quelques inscriptions et à la numismatique ; le plus puissant était Kanishka. Situés sur la Route de la Soie, voisins orientaux des Arsacides, les Kouchanes ont joué un rôle très important comme intermédiaires entre la Chine et lempire romain, ou entre la Chine et lInde. Ardashir I commença à conquérir leur territoire. Cette tâche fut achevée par Shapur II (309-379).


2. Les Scythes, nomades des steppes eurasiatiques.

Ce sont les locuteurs du groupe oriental qui ont donné au monde iranien son extraordinaire expansion. Il comprenait notamment les Scythes et les Saces (francisation du terme Saka). Ils formaient un peuple unique, mais l’appellation de Scythes nous est venue par l’intermédiaire des Grecs, qui la prononçaient Skuthai, tandis que les Perses n’utilisaient que celle de Saka. Il est possible que la première appellation provienne de la désignation scythe des chapeaux, le costume masculin se caractérisant par son chapeau pointu. Le deuxième nom pourrait avoir signifié « cerf ». En ossète, langue d’origine scythique parlée au nord du Caucase, « cerf » se dit sag.

Les Scythes sont apparus au VIIe siècle avant notre ère et ils provenaient du Kazakhstan et de la Sibérie méridionale. Ces territoires sont en majeure partie recouverts par d’immenses steppes où le mode de vie le plus adapté est l’élevage. Au début du Ier millénaire avant notre ère, les ancêtres des Scythes ont donc abandonné l’agriculture et sont devenus nomades afin de mieux accompagner leurs troupeaux lors de leurs déplacements. Ce sont eux qui ont inventé ce que nous appelons la yourte, l’habitation des Mongols et des Turcs nomades. Il s’agit d’une tente, ou plus exactement d’une maison démontable, constituée d’une armature ronde en bois recouverte de feutre, simplement posée par terre. Le terme turc yurt désignait en réalité le territoire sur lequel la transhumance se faisait, et il signifiait aussi « campement, domicile ». La yourte est appelée ötov en ouzbek et gher en mongol. Les seuls vestiges archéologiques que les Scythes aient laissés sont leurs tombes, des tumulus parfois très grands qui parsèment la steppe.

Il y a des témoins de la présence des Scythes qui sont d’une autre nature : nombre de fleuves et de rivières, au nord de la Mer Noire, ont un nom d’origine iranienne. Le nom grec de cette mer, Pont-Euxin, s’explique par le vieil iranien *Panti-Axshaina. Le terme axshaina « sombre » ressemblait au grec axeinos « inhospitalier » ; il a été compris comme tel et changé en euxeinos « hospitalier ». Les termes iraniens que l’on trouve dans les langues slaves ont été pris aux Scythes, anciens maîtres de la Russie.

                                       

On connaît assez bien la culture des Scythes grâce à Hérodote, qui s’est rendu chez eux. Il était aussi un historien, qui a raconté le conflit des Grecs et des Perses, mais son œuvre est truffée de digressions. Voici par exemple une coutume scythe : « Une fois par an, dans chaque district, le gouverneur fait préparer un cratère de vin où viennent boire les Scythes qui ont abattu leurs ennemis ; ceux qui ne l’ont pas fait ne goûtent pas à ce vin et restent à l’écart, honteusement : c’est à leurs yeux la pire humiliation. Ceux en revanche qui ont abattu des ennemis en grand nombre prennent deux coupes à la fois et les vident coup sur coup ». Les Scythes étaient de grands guerriers ; leur idéal était de mourir au combat après avoir abattu autant d’ennemis que possible. Un roi du IVe siècle avant notre ère, Atéas, a été tué à l’âge de 90 ans lors d’une bataille contre les Macédoniens sur le Danube. Ne plus pouvoir combattre à cause de la décrépitude et mourir de vieillesse était la pire des hontes. En cela, les Scythes étaient de dignes héritiers des Proto-Indo-Européens. Quant aux femmes, elles « râpent sur une pierre raboteuse du bois de cyprès, de cèdre, d’arbre à encens, en l’humectant d’eau ; elles obtiennent ainsi une pâte épaisse dont elles s’enduisent le visage et tout le corps ; cette pâte leur communique une odeur suave et, le lendemain, lorsqu’elles l’enlèvent, elles ont la peau nette et claire ». Il doit s’agir de femmes de l’aristocratie, qui avaient les moyens de faire venir ces produits de luxe qu’étaient le bois de cyprès ou d’arbre à encens.

Les Scythes combattaient à cheval, armés d’arcs très puissants. Tirer à dos de cheval demandait une grande habilité, mais cet art a été cultivé par tous les nomades des steppes, jusqu’aux Mongols. Parfois, ils faisaient semblant de fuir, de manière à être pris en chasse par leur ennemi, puis ils se retournaient subitement sur leur selle et décochaient une flèche sur leur poursuivant. C’est ce que l’on appelle la « flèche du Parthe ». La fuite simulée, exécutée par des cavaliers solitaires ou par des corps de cavaliers manœuvrant de concert, voire par des armées entières, était une tactique redoutable.

Les seuls monuments quils ont laissés étaient leurs sépultures recouvertes dun tumulus. Ces constructions sont directement héritées des kourganes proto-indo-européens. Les tumulus royaux pouvaient avoir une très grande taille. Le kourgane dArjan, en Sibérie méridionale, à 700 km à louest de la pointe occidentale du lac Baïkal, était constitué dun remblai en pierres de 120 mètres de diamètre et de 3 à 4 mètres de haut qui recouvrait une structure constituée de 70 cages en rondins rayonnant autour dun double noyau central. Les restes de 300 autres chevaux devaient provenir dun festin funéraire. Larchéologue M.P. Griaznov a estimé que 1500 hommes avaient dû travailler durant une semaine pour édifier cette structure. Un homme et une femme vêtus de fourrures richement ornées étaient enterrés au centre, dans des sarcophages. Ils étaient accompagnés par 15 hommes, ainsi que par 160 chevaux entièrement harnachés. Il y avait des tapis, les plus anciens du monde, rehaussés dor et dargent. Les armes et les sculptures qui ont été retrouvées sont de type scythe. Elles fournissent des exemples de lart animalier caractéristique des Scythes. Lancienneté du kourgane d'Arjan, daté du VIIIe siècle avant notre ère, tend à prouver que les Scythes avaient une origine très orientale. Peut-être étaient-ils déjà assez puissants pour constituer un véritable empire. Il faut remarquer que, dans cette région (la Touva), des noms de rivière dorigine iranienne ont été trouvés.

Les kourganes de Pazyryk en Sibérie Méridionale, à environ 500 km au sud-ouest du site dArjan, sont dun intérêt exceptionnel. Ils sont datés du VIe au IVe siècle avant notre ère. Les plafonds de leurs chambres funéraires sétant effondrés, elles se sont remplies dune eau qui a ensuite gelé, permettant une excellente préservation de leur contenu. On y a trouvé des objets en cuir et en bois, des tentures de feutre (l’une delles, présentée ci-contre, montre un cavalier), des tapis et des coussins bourrés de poils danimaux ou dherbe, qui contribuaient au confort des nomades. Ils dormaient, semble-t-il, sur des tapis, la tête posée sur un oreiller en bois recouvert de cuir. Ils possèdaient des tables basses ou des plateaux. Lune de ces tables avait des pieds démontables. Le seul animal fantastique connu des gens de Pazyryk était le griffon. On le retrouve chez les Scythes dEurope, ainsi que chez les Perses. Les hommes de Pazyryk étaient de type européen ou mongoloïde, mais lun de ces derniers, à la pilosité moindre que celle des Européens, était pourvu d'une barbe postiche en crin de cheval, comme sil valait mieux être barbu pour prétendre au titre de chef.
    A partir du IIIe siècle avant notre ère, les Scythes ont été remplacés ou assimilés par d’autres nomades iraniens, les Sarmates puis les Alains. Leur idéologie et leurs techniques guerrières ont été transmises aux Turcs et aux Mongols. Elles sont à l’origine de leur expansion. Originaires de la Sibérie, les Turcs ont conquis la Mongolie puis la majeure partie de l’Asie centrale, où ils ont fait subir un recul considérable aux peuples iraniens. Les Ossètes du Caucase sont des descendants des Alains, dont le nom provient du terme Arya.


3. Les Iraniens sédentaires de l’Asie centrale.

Vers le début du Ier millénaire avant notre ère, des Saces se sont installés dans ce que l’on appelle aujourd’hui le Turkestan russe. C’est un territoire qui comprend essentiellement le Turkménistan et l’Ouzbékistan. Quatre régions ont été distinguées par les Grecs :

- La Bactriane, à cheval entre le sud du Tadjikistan, le nord de l’Afghanistan et la pointe sud de l’Ouzbékistan. C’est une vallée fertile arrosée par l’Amou Darya, un important fleuve appelé Oxus par les Grecs, qui coule vers le nord-ouest pour se jeter dans la Mer d’Aral. La région située au nord de l’Oxus, jusqu’au Syr Darya, a reçu le nom de Transoxiane.

- La Sogdiane, autour de Samarcande et de Boukhara. Ces deux villes sont arrosées par la rivière Zeravchan.

- La Margiane, au Turkménistan. Son territoire, qui comprend la cité de Merv, a été partiellement recouvert par le désert du Karakoum (« les Sables Noirs » en turc). Il est bordé au sud-ouest par le Kopet Dag, massif montagneux séparant le Turkménistan de l’Iran.

- La Chorasmie (ou Khwarezm), au sud de la Mer d’Aral et au nord de la Margiane, sur l’embouchure de l’Amou Darya. Son nom s’explique par le vieil iranien *Xwāra-zmi-, qui signifie « Pays du Soleil ».

La Bactriane et la Sogdiane furent conquises par Alexandre le Grand entre -329 et -327. Il renversa
Darius III, le dernier roi des Achéménides, grâce à sa victoire à Gaugamèles en -331, mais la Bactriane
et la Sogdiane étaient alors sous le contrôle des Achéménides. Leur satrape Bessos essaya de résister à
Alexandre. Il fut capturé à Boukhara. L
’Asie centrale nétait cependant pas conquise. Alexandre fut
chassé de la Sogdiane par le roi Spitamenès et ses alliés, des Saces nomades. Une deuxième offensive
lui permit de remporter la victoire. Spitamenès ayant été décapité, sa fille fut donnée en mariage à
Séleucos, l
un des lieutenants dAlexandre. Celui-ci dut ensuite soumettre un autre roi sogdien, Oxyartès,
dont il épousa la fille Roxane.

Maracanda était le nom donné par les Grecs à Samarcande. Les Massagètes, qui vivaient au nord de la
Sogdiane, étaient des Iraniens nomades semblables aux Scythes et aux Saces. Ils apportèrent leur soutien
à Spitamenès, mais ce furent finalement eux qui le décapitèrent et envoyèrent sa tête à Alexandre. Sur la
carte, en haut à droite, on voit la partie orientale du bassin du Tarim, où vivaient des Saces (Sakae) qui
s
étaient sédentarisés comme les Bactriens et les Sogdiens. Ils étaient les voisins occidentaux des
Tokhariens. Les Wakhis sont leurs descendants. Ils vivent sur un territoire, à l
est de lAfghanistan,
qui sert de tampon entre le Tadjikistan et le Pakistan. Ils sont voisins de la Chine, où se trouve le bassin
du Tarim.

Ces territoires sont fertiles mais la sécheresse du climat contraint les agriculteurs à pratiquer l’irrigation. Une civilisation sédentaire a vu le jour dès le VIe millénaire avant notre ère au pied du Kopet Dag. Au fil des millénaires, les villages ont évolué pour devenir de véritables villes. En arrivant sur place, les Saces se sont sédentarisés et ils ont à leur tour fondé des cités. Samarcande est l’œuvre des Sogdiens.

Ceux-ci n’abandonnèrent pas tout à fait leur caractère guerrier, comme en témoigne le moine pèlerin chinois Xuanzang, au VIIe siècle : « Le roi [de Samarcande] est un homme d’esprit et de courage auquel les Etats voisins obéissent. Il a une superbe armée où la plupart des soldats sont des chakir [c’est-à-dire des guerriers professionnels]. Ce sont des hommes de grande valeur, qui voient en la mort un retour vers leurs parents, et contre lesquels aucun ennemi ne peut tenir au combat ». On reconnaît le tempérament des Scythes. Mais les Sogdiens devinrent de remarquables commerçants. Au moins depuis le début de notre ère, ils parcouraient les Routes de la Soie et ils installaient des comptoirs dans les pays avec lesquels ils étaient en relation. On connaît même un Sogdien né au Vietnam, au début du IIIe siècle, dans une famille qui s’était installée dans ce pays. Le sogdien est devenu la langue véhiculaire de l’Asie centrale.

Ces territoires n’ont jamais été unifiés par leurs propres habitants : ils étaient divisés en cités indépendantes. Ce sont des conquérants étrangers qui se sont chargés de les regrouper sous leur autorité. Les premiers conquérants connus sont les Achéménides. Outre les Perses et les Mèdes, la fine fleur des armées perses était constituée par les Bactriens et les Saces nomades. Les premiers d’entre eux ont pu mettre au service des Perses une armée de 30 000 cavaliers issus de la noblesse.

Alors que la langue des Sogdiens est connue de longue date par de nombreux documents, celle des Bactriens n’a été révélée que dans les années 1950 grâce à une mission archéologique française. Elle était écrite avec l’alphabet grec, auquel une nouvelle lettre avait été ajoutée pour noter le son sh. Cet alphabet était un héritage laissé par Alexandre le Grand : après avoir détruit l’empire achéménide, il soumit la Bactriane puis la Sogdiane en -328 et y laissa de nombreux colons. Après sa mort en -323, l’Asie centrale fut reconquise vers -305 par son lieutenant Séleucos. Le successeur de ce dernier, Antiochos I, qui régna de -281 à -261, était issu de son mariage avec une princesse bactrienne, Apama, dont le propre père Spitamenès s’était battu contre Alexandre. Ces noms, *Apamā et *Spita-manah en bactrien, signifient respectivement « Suprême » et « D’intelligence splendide ». A la mort d’Antiochos II en -246, Diodotos, satrape (c’est-à-dire gouverneur) de Bactriane et de Sogdiane, se déclara indépendant. Le royaume ainsi créé, qualifié de gréco-bactrien car centré sur la Bactriane, subsista jusque vers -130.

Les Sogdiens ont noté leur langue avec une autre écriture. Au temps des Achéménides, les Perses ont utilisé la langue et l’écriture des Araméens, peuple sémitique du Moyen-Orient, à des fins administratives et économiques. Cet usage a subsisté en Bactriane jusque vers -150, bien après l’effondrement de l’empire perse et l’arrivée des Grecs. C’est de l’écriture araméenne que dérive la première écriture indienne, la kharoshthī. Les Indiens l’ont utilisée pour noter un parler du Gandhāra, au nord-ouest de l’Inde, le gāndhārī. Les Sogdiens ont également adoptée l’écriture araméenne.

Dès le VIIe siècle, les Turcs ont commencé à s’installer chez ces Iraniens sédentaires. C’est un phénomène long et complexe, la dernière arrivée de tribus turques datant du XVe siècle. Il s’agit des Ouzbeks. Par ailleurs, à partir du IXe siècle, les langues iraniennes autochtones ont été remplacées par le moyen persan, qui a pris le nom de tadjik. Le bactrien et le chorasmien ont complètement disparu. Le sogdien possède un descendant, le yaghnobi, qui est parlé dans quelques villages sur un affluent de la rivière Zeravshan, mais il a donné un important vocabulaire au persan moderne. Actuellement, le tadjik coexiste avec le turc.

Articles détaillés : Histoire de la Sogdiane, Civilisation sogdienne.

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