Les
années -2000 virent l’apparition en
Crète d’une
civilisation caractérisée par ses villes et
surtout par
ses palais, dont le plus connu est celui de Cnossos, sur une
île
qui était auparavant rurale. Elle inventa une
écriture
non encore déchiffrée, appelée le
« linéaire
A ». Ces palais furent détruits vers
-1700 mais
furent rapidement reconstruits. La civilisation crétoise,
aussi qualifiée de minoenne, arriva alors à son
apogée.
Le XVIe siècle avant notre
ère marqua
parallèlement la naissance de la civilisation
mycénienne
en Grèce continentale, liée à celle de
la Crète
mais possédant des caractéristiques propres. Elle
reprit l’inhumation sous tumulus du début du IIe
millénaire pour créer des tombes à tholos
(c’est-à-dire à plan circulaire). Une
aristocratie
guerrière put s’enrichir de manière
considérable
grâce à des échanges de dons. Elle
bénéficia
de l’essor du commerce en Méditerranée
dont était
responsable la thalassocratie crétoise. Des
établissements
fortifiés furent bâtis, comme la citadelle de
Kaphia
Thiti en Attique.
Au milieu du IIe millénaire, une éruption volcanique détruisit l’île de Théra, aussi appelée Santorin, dans les Cyclades. Elle provoqua un raz-de-marée qui affecta durement la civilisation minoenne. La datation au radiocarbone la situe entre -1650 et -1600, alors qu’elle était auparavant datée d’environ -1550. Le raz-de-marée anéantit probablement la marine crétoise et permit l’installation sur l’île d’aristocrates mycéniens. Ce furent sans doute eux qui détruisirent les palais minoens vers -1450, mais celui de Cnossos fut reconstruit. Une écriture qualifiée de « linéaire B » y apparut au XIVe siècle. Les plus anciens écrits, trouvés dans la « salle des tablettes aux chars », pourraient remonter à -1400. Grâce à son déchiffrement en 1952, Michael Ventris et John Chadwick montrèrent qu’elle notait du grec. L’incendie du palais de Cnossos vers -1370 marqua la fin de la civilisation minoenne. La Crète fut alors profondément mycénisée.
En
Grèce continentale, des palais entourés de
fortifications furent bâtis durant le XIVe
siècle.
Les plus connus sont ceux de Mycènes, lequel a
donné
son nom à la civilisation mycénienne, de Pylos et
de
Tirynthe. Ils étaient des sièges de pouvoirs
politiques, administratifs et économiques. De nombreuses
tablettes en linéaire B ont été
trouvées
à Mycènes et à Pylos, mais il
s’agissait de
documents comptables pauvres en renseignements sur la civilisation
mycénienne. L’existence de rois, wanax,
est cependant
attestée. On sait également qu’il y
avait des prêtres
et que les dieux du panthéon grec, Zeus, Héra,
Poséidon, Dionysos ou Hermès, étaient
déjà
vénérés.
Les Grecs étaient donc présents en Grèce dès le XVIe siècle, époque où la civilisation mycénienne est apparue. Ils n’y ont pas toujours été : ils ont gardé la conscience d’avoir pris le territoire d’un peuple qu’ils appelaient les « Pélasges ». Une hypothèse envisageable serait qu’ils soient arrivés au XVIe siècle. Il semble cependant que la civilisation mycénienne ne soit pas née d’apports extérieurs : elle présente une continuité dans l’architecture, les rituels funéraires et le mobilier avec la culture antérieure du Bronze moyen (ou Helladique moyen), constituée entre -2050 et -2000.
Le Bronze moyen a été précédé du Bronze ancien (ou Helladique ancien), divisé en trois périodes. Selon la chronologie de J.B. Butter, le Bronze ancien I commence entre -3100 et -3000 et se termine vers -2650. Cette époque est suivie par le Bronze ancien II, qui s’achève entre -2200 et -2150, puis par le Bronze ancien III caractérisé notamment par les sites de Tirynthe et de Lefkandi. La transition entre la deuxième et la troisième période a particulièrement intéressé les scientifiques cherchant à dater l’arrivée des Grecs. Elle est marquée par de nombreuses destructions de sites comme par l’apport d’éléments étrangers. L’archéologue John Caskey a remarqué l’apparition au Péloponnèse de nouveautés telles que le tumulus, le cheval (à Tirynthe et à Thèbes), la maison à abside ou la hache-marteau. On peut aussi mentionner une poterie monochrome à surface lissée dite mynienne.
Un examen plus attentif des données archéologiques montre que certains de ces éléments ont commencé à apparaître en Grèce dès le Bronze ancien II. De plus, les destructions de sites ne se sont pas limités à la période de transition avec le Bronze ancien III, entre -2200 et -2150. Elle apparaissent plutôt comme une série d’évènements répartis sur un intervalle de temps plus long. Mais ces observations ne changent rien au fait que la fin du Bronze ancien a été marquée par une profonde transformation. C’est probablement à cette période que l’arrivée des Grecs a eu lieu. Elle n’a sans doute pas été soudaine. Il doit s’agir d’une infiltration de tribus qui n’ont pas touché en même temps les différentes provinces de la Grèce. Au sud-ouest, en Messénie (région de Pylos), aucun site du Bronze ancien III n’a été trouvé. Les destructions de sites ont été plus nettes dans les Cyclades qu’en Grèce continentale ; elles se sont également produites en Crète mais de manière tout à fait épisodique. Il semble que les Grecs soient venus d’un territoire limité, l’Épire, qui est aujourd’hui à cheval entre l’Albanie et la Grèce, comme le suggèrent l’étude des rites funéraires et la linguistique.

Les principaux sites de la Grèce mycénienne
Y avait-il déjà des Indo-Européens en Grèce lors de l’arrivée des tribus grecques ? Les linguistes ont appelé « préhellénique A » une langue qui a donné au grec des suffixes tels que -nthos et -ssos. On les trouve dans les noms des villes de Corinthe (Kórinthos), de Tirynthe et de Cnossos, ou encore dans le nom du labyrinthe (labýrinthos) et du narcisse (nárkissos).Cette langue serait en fait anatolienne, c’est-à-dire apparentée au hittite : en Anatolie, il existe de nombreux toponymes portant les suffixes -anda-, -assa et -assi. Les textes hittites parlent d’un mont Parnašša où habitent les dieux ; il lui correspond en Grèce le mont Parnasse (Parnassós), demeure d’Apollon et de Dionysos. Ce nom n’a pas d’étymologie grecque mais il s’explique très bien par le hittite parna- « maison ». De même, le nom de la ville thessalienne de Gyrtōnē admet une étymologie hittite : gurtaš « forteresse ». Ces termes n’ont pas pu pénétrer dans la langue grecque durant le IIe millénaire, quand l’empire hittite s’est formé.
S’il est vrai que le tumulus et le cheval, éléments de culture typiquement indo-européens, ne sont apparus en Grèce qu’à la fin du Bronze ancien II, les Grecs ont dû arriver sur une terre qui n’était pas encore indo-européenne. Ils ont cependant pu être confrontés à la migration plus ou moins simultanée de tribus apparentées aux Hittites, avec lesquelles ils ont cohabité avant de les assimiler. Ces tribus ont pu provenir soit d’Anatolie (la céramique dite de Lefkandi I est d’influence anatolienne), soit des Balkans, les Hittites étant originaires de là. On comprend que les évènements de la fin du Bronze ancien ont été assez complexes.
De nombreuses destructions de palais se produisirent au cours du XIIIe siècle. L’organisation palatiale de la société finit par s’effondrer. On peut considérer que la civilisation mycénienne s’éteignit vers -1180, avec la disparition complète (sauf à Chypre) de l’écriture. Ces évènements ont longtemps été attribués à la venue des Doriens, des « tard venus » parmi les Grecs, qui n’avaient pas participé au développement de Mycènes, de Tirynthe et de Pylos mais qui s’installèrent sur leur territoire, au Péloponnèse. Les Spartiates étaient des Doriens. Cependant, la destruction des palais s’est étalée sur un siècle et peut s’expliquer en partie par des tremblements de terre. Un fait sans doute plus significatif est un renforcement général de leurs fortifications à partir de -1250 : il peut s’expliquer soit par l’arrivée d’étrangers belliqueux, les Doriens en l’occurence, soit par des tensions croissantes entre les cités mycéniennes. Seule l’apparition d’une nouvelle céramique, dite barbare, pourrait témoigner de l’installation d’étrangers.
La période qui s’étend de -1180 à -750, date à laquelle l’écriture a refait son apparition en Grèce, est qualifiée de « siècles obscurs ». Devenues pauvres, les données archéologiques sont surtout fournies par les céramiques. La diminution des sites est frappante et peut s’expliquer par leur abandon au profit d’habitats échappant aux fouilles archéologiques, par des exodes ou par une baisse démographique. Ces faits ne signifient cependant pas que la Grèce ait sombré dans une période de barbarie : les siècles obscurs ont été marqués par des innovations et de profondes mutations d’où la Grèce classique a émergé.
Vers -1015, un style de céramique qualifié de protogéométrique apparut. Au même moment, la métallurgie du fer fut introduite : des épées et des poignards en fer commencèrent à être fabriqués. Il y eut des changements dans les coutumes funéraires, l’incinération tendant à remplacer l’inhumation. Le style de céramique dit géométrique fut élaboré à Athènes vers -900. La poterie devint alors d’une excellente qualité technique et artistique mais elle ne se diffusa pas tout de suite sur l’ensemble de la Grèce, signe que les communications entre ses différentes provinces ne fonctionnaient pas bien. Elles ne furent rétablies que vers -850. Des relations avec le Proche-Orient se mirent également en place et entraînèrent l’enrichissement de quelques cités. Vers -800, des oiseaux, des chevaux et des guerriers commencèrent à être représentés sur les céramiques.

Pyxis du géométrique moyen II fabriqué à Athènes vers -750.
La langue illustrée par les tablettes en linéaire B est qualifiée de « proto-achéen ». Ce terme d’achéen était l’un des noms par lequel les Grecs se désignaient à l’époque mycénienne ; on le retrouve dans l’œuvre d’Homère. Le proto-achéen survécut à Chypre, île connue pour son conservatisme, mais également en Arcadie, au centre du Péloponnèse. Il engendra dans la Grèce classique un groupe de dialectes qualifié d’arcado-chypriote. Sur les sites mycéniens du Péloponnèse, de Mycènes à Pylos, le proto-achéen fut remplacé par le dorien, lequel recouvrit également la Crète et Rhodes. L’éolien s’étendit de la Thessalie et de la Béotie jusqu’aux côtes de l’Anatolie, de Troie à Smyrne. Enfin, l’ionien-attique fut parlé dans la région d’Athènes, dans l’île d’Eubée, ainsi qu’en Anatolie, de Smyrne jusqu’à Halicarnasse. C’est à partir de ce groupe de dialectes qu’une langue commune, la koïnè, fut élaborée au IIIe siècle avant notre ère.
L’Odyssée a été écrite en ionien avec des apports éoliens. Homère était un poète de la fin des siècles obscurs, puisqu’il aurait vécu au VIIIe siècle. On s’est demandé si ses poèmes reflétaient la civilisation mycénienne, hypothèse vivement combattue par la plupart des hellénistes. Le palais d’Ulysse, décrit en détail dans l’Odyssée, ne ressemble en rien aux palais mycéniens. Alors faut-il essayer de chercher dans cette œuvre des réminiscences des siècles obscurs ? Il s’agit en vérité d’un faux problème, car les poèmes d’Homère sont essentiellement de nature mythologique et la mythologie est intemporelle. Ainsi, la riche île de Schérie, domaine des Phéaciens et de leur roi Alcinoos, petit-fils de Poséidon, est plus le reflet des Enfers que d’une cité réelle : l’or, l’argent, le bronze et l’émail bleu brillent dans le palais du roi. Cet édifice rappelle les Enfers de la mythologie irlandaise, avec leurs palais d’or et de cristal localisés sous la mer ou au fond des lacs.
Il importe de mentionner un phénomène qui a commencé au VIIIe siècle et qui s’est achevé au siècle suivant : l’exode d’une partie de la population grecque pour des raisons de nature économique. Il ne s’agissait en tout cas pas de conquête militaire. Les colonies qui furent fondées, des côtes orientales de l’Espagne jusqu’à celles de la Mer Noire, s’inséraient dans un réseau méditérranéen d’échanges commerciaux et contribuèrent au développement de la Grèce. C’est ainsi que l’écriture, empruntée aux Phéniciens, fit sa réapparition, et que la monnaie fut introduite. Les colonies de Sicile et du sud de la péninsule italienne constituaient ce que l’on appelait la Grande Grèce. Le grec y est resté en usage jusqu’à maintenant aux deux extrémités de la botte, en Calabre et surtout en terre d’Otrante.
Les cités grecques sont indiquées en rouge. Celles des Phéniciens sont en jaune.
(Cliquez sur la carte pour l’agrandir)