Les Celtes

1. Situation actuelle.

        Les langues celtiques sont aujourd’hui menacées. Il est difficile de dire si elles existeront dans plusieurs siècles. Dans l’un de ses derniers refuges, l’Irlande, le celtique a souffert de l’occupation anglaise. Au XIXe siècle, il n’était plus parlé que dans les milieux populaires. La grande famine de 1848, dont ces milieux furent les principales victimes, lui porta presque le coup de grâce. Le gouvernement irlandais lui a donné le statut de première langue officielle, devant langlais, en 1921 et en a rendu l’enseignement obligatoire dans les écoles, mais les Irlandais dont l’anglais est la langue maternelle ne voient pas vraiment la nécessité de l’utiliser. Il reste parlé dans sept districts, comme dans le Connemara à l’ouest de l’Irlande, constituant le Gaeltacht « pays des Gaëls » et regroupant environ 20 000 personnes. En Bretagne, la IIIe république, soucieuse de faire disparaître les « minorités », a contribué à létouffement de la langue bretonne en interdisant son usage à lécole. « Il est interdit de cracher par terre et de parler breton », disait-on. Comme dans les écoles anglaises en Irlande au milieu du XIXe siècle, les enfants qui laissaient échapper des mots de celtique étaient punis. Aujourd’hui, la France n’a toujours pas ratifié la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, qui faciliterait la régénération du breton. C’est au Pays de Galles que le celtique semble avoir la meilleure chance de survie. Son recul a néanmoins été constant durant le XXe siècle. En 1981, il restait 508 000 locuteurs du gallois, dont seulement 1% ne parlaient que cette langue.

Un panneau indicateur bilingue en Irlande du Nord

        Les langues celtiques forment deux groupes :

        Ces deux groupes se distinguent, entre autres, par la transformation de l’ancienne occlusive labio-vélaire indo-européenne *kw- , qui est devenue k- en gaélique (noté c-) et en p- en britonnique. C’est ainsi que le chiffre « quatre » se dit ceathair en irlandais, pedwar en gallois et pevar en breton.

        Au Ve siècle, le brittonique était encore assez proche du gaélique. Il s’en est rapidement éloigné à cause de profondes transformations. Les déclinaisons ont été éliminées et les conjugaisons ont été simplifiées. Le gaélique a été plus conservateur.


2. Situation dans l’Antiquité.

        En -58, au moment où Jules César commença la conquête de la Gaule, une grande partie de l’Europe était celtique. En Gaule, on parlait des dialectes apparentés au brittonique. Trois régions étaient distinguées, la Gaule proprement dite (ou Celtique), l’Aquitaine et la Belgique. En Aquitaine, une langue non celtique coexistait avec le celtique : elle a laissé des mots tels que Burdigala, d’où vient le nom de la ville de Bordeaux. On a de bonnes raisons de penser que c’était une forme de basque. Les Belges étaient des Celtes venus de Bavière et de Bohème entre -300 et -200 ; leur territoire allait de la Marne au Rhin. Ils étaient mêlés à des Germains et à un troisième peuple d’identité inconnue (apparenté aux Italiques selon le linguiste Hans Kuhn). Les termes « Gaulois » et « Celtes » sont les formes françaises respectivement du latin Galli et du grec Keltoï. Le deuxième mot dérive lui-même d’un terme celtique par lequel dont les habitants de la Gaule proprement dite se désignaient. L’origine du mot Galli, utilisé par les Romains, est en revanche assez obscure.

        A partir du VIe siècle avant notre ère, des Celtes quittèrent les côtes françaises ou belges pour gagner la Grande-Bretagne puis l’Irlande, où ils apportèrent la métallurgie du fer. Certains d’entre eux, les Pictes allèrent jusqu’en l’Écosse. L’arrivée des Gaëls à partir du VIe siècle de notre ère a entraîné leur disparition. A l’époque où les Celtes ont conquis les îles britanniques, il n’y avait pas encore de distinction entre le gaélique et le britonnique. Un ouvrage intitulé le « Livre des Conquêtes de l’Irlande » fait venir les Gaëls de l’Espagne, mais ce n’est que de la mythologie, et qui plus est, avec des influences chrétiennes.

        Il est cependant vrai quune grande partie de la pénisule ibérique était celtique. Des peuples non indo-européens vivaient au nord-ouest, les Ibères et les Lusitaniens. Les Basques ont subsisté jusqu’à maintenant et sont devenus le seul peuple non indo-européen d’Europe occidentale. Les Celtes de la péninsule ibérique sont appelés les Celtibères. Leur langue est mieux connue que le gaulois grâce à la découverte de grandes inscriptions sur bronze. Les chercheurs ont pu constater qu’elle ne se range ni dans le groupe brittonique, ni dans le groupe gaélique.

        A partir de -400, des Gaulois s’installèrent en masse au nord de l’Italie. Ils furent dès lors connus des Romains sous le nom de Gaulois cisalpins. Ils les vainquirent vers -386 et occupèrent leur cité pendant sept mois. Des contacts furent établis avec Alexandre le Grand et ils envoyèrent même une ambassade à Babylone en -324. Entre temps, de -360 à -358, ils avaient ravagé le Latium. En -310, ils vainquirent les Illyriens, sur le territoire des actuelles Slovénie et Croatie, ils puis il envahirent la Thrace. Ils arrivèrent en Grèce en -280 et attaquèrent un an plus tard l’important sanctuaire de Delphes. De là, ils passèrent en Anatolie, où ils furent appelés les Galates. Il fallut un siècle de lutte aux Romains pour soumettre la Gaule cisalpine. Cette tâche fut achevée en -191 avec la reddition des Boïens au sud-est de Bologne. Un an plus tard, 112 tribus boïennes partirent s’installer dans la région du Danube.

L’Europe celtique

        C’est en Suisse en Autriche, en Allemagne du Sud et dans l’est de la France que la présence celtique est la plus ancienne. C’est à partir de ce territoire qu’ils ont conquis l’ensemble de la Gaule, puis l’Espagne et les îles britanniques. Leur culture est qualifiée par les archéologues de « La Tène », du nom d’un site suisse. Elle est datée du Ve au Ier siècle avant notre ère. La culture qui l’a précédée, celle de Hallstatt, était plus orientale car centrée sur l’Autriche. On peut la faire remonter jusqu’au IXe siècle avant notre ère. Elle se caractérisait par ses sites fortifiés par ses riches aristocrates qui se faisaient enterrer sous de grands tumulus. Des relations commerciales étaient établies avec les Vénètes et des Étrusques, en Italie, et avec les Grecs. Lapparition de cette culture coïncide avec celle de la métallurgie du fer.


3. Le déclin.

        Les langues celtiques furent victimes de la création de l’empire romain puis de l’expansion des peuples germaniques. L’Hispanie (la péninsule ibérique) a été latinisée plus profondément que la Gaule. Les Romains y ont arrivés plus tôt qu’en Gaule, dès -210 grâce à la prise de Carthagène. C’était une cité fondée au bord de la Méditerranée par les grands ennemis des Romains, les Carthaginois. Deux provinces furent rapidement créées, mais l’Hispanie ne fut totalement soumise que deux siècles plus tard à cause de la résistance des populations locales et parce que sa pacification n’était pas une priorité. La conquête des Gaules fut beaucoup plus rapide puisqu’elle dura de -58 à -51. Il faut cependant signaler que la Gaule narbonnaise, qui allait devenir la Provence, fut annexée dès -123. César débarqua au sud de la Grande-Bretagne en -55. Un peu moins d’un siècle plus tard, en 43, l’empereur Claude décida d’envahir cette île. Les troupes romaines s’arrêtèrent en Écosse et ne tentèrent jamais de débarquer en Irlande.

        Le latin prit une place importante au sein l’aristocratie celtique parce qu’il était la langue administrative et commerciale de tout l’Empire. Dans ce nouveau monde, le rôle des druides, qui étaient en quelque sorte les gardiens des langues celtiques, ne pouvait que diminuer. Il leur restait la possibilité d’intégrer l’administration romaine. Le druidisme restant toutefois un fervent de nationalisme, Claude décida en 43 son interdiction et la proscription des prêtres. Il partit simultanément à la conquête de la Grande-Bretagne, doù les druides alimentaient une forme de résistance en Gaule. Un coup dur était ainsi porté au gaulois, mais à la fin de l’empire romain d’Occident en 476, il était toujours parlé dans les campagnes et même par une partie de l’aristocratie (comme en Auvergne, chez les Arvernes). L’adoption du latin comme langue liturgique par l’Église le fit disparaître. Les Romains se retirèrent de Grande-Bretagne en 410, laissant les chefs celtiques comme orphelins de Rome. Les Angles et les Saxons n’eurent aucune difficulté à s’implanter chez eux, dès le milieu du Vesiècle. Sur le territoire d’origine des langues celtiques, l’Allemagne du Sud, la Suisse et l’Autriche, les migrations germaniques entraînèrent leur disparition comme en Grande-Bretagne. Les Romains y avaient été présents mais le latin y était resté superficiel. Ce sont les Alamans qui ont germanisé la Suisse. En Autriche, qui a vu passer les Huns et plusieurs peuples germaniques, cette tâche est revenue aux Bavarois.

        Dans ces pays comme en Gaule, l’héritage celtique n’est pas négligeable. On lui doit un grand nombre de toponymes. La plupart des villes françaises ont un nom d’origine gauloise, mais tous ces mots, comme ceux du latin, ont subi une dégradation considérable qui les a rendu totalement méconnaissables. Les noms des villes de Lyon et de Laon proviennent du gaulois Lug-dunum « Fort de Lug ». Celui de Châlons provient de Katu-ver-laveni « Les meilleurs au combat ». Le nom de la capitale de l’Autriche, Vienne, s’explique par le celtique Vindobona « Ville blanche ». Celui de Kempten en Allemagne dérive de Cambo-dunum. Il s’agit d’une ville au nom celtique fondée à l’époque romaine, ce qui témoigne de la survie du celtique sous l’occupation romaine. Le vocabulaire français comprend des mots d’origine celtique, et non des moindres, comme le verbe « changer », prononcé cambire à l’époque gallo-romaine.

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