Athéna


        Athéna est un déesse multifonctionnelle, ce qui lui vaut de posséder des aspects contradictoires. Elle est une vierge guerrière à laquelle aucune aventure sentimentale n’est prêtée, mais selon une croyance de l’Élide, elle était vénérée comme « Mère » pour avoir permis aux femmes d’être fécondées dès la première union avec leurs époux. De même, une joute fut organisée entre Poséidon, le dieu de la Mer, et Athéna. Poséidon fit jaillir une source salée grâce à son trident et Athéna planta un olivier, son arbre sacré. L’arbitrage fut rendu en faveur de la déesse, qui devint la fondatrice de la cité d’Athènes. De plus, Athéna était une amie d’Héraclès, qui passait son temps à tuer des fils de Poséidon, et d’Ulysse, que Poséidon haïssait et essayait de tuer. Ces deux divinités étaient ainsi clairement rivales, mais il leur arrivait aussi d’être complices. Durant une même nuit, la mère de Thésée, Éthra, dormit avec Égée et entra dans l’eau car elle était amoureuse de Poséidon. C’est ainsi qu’elle subit une double fécondation. Il existe une version développée de son union avec Poséidon : on raconte qu’Athéna lui apparut en rêve et la poussa à faire des libations sur une île. Poséidon la féconda pendant la navigation. A son retour, Éthra fonda un temple à Athéna et créa un rituel que devaient respecter les jeunes filles à marier. Athéna apparaît de la sorte comme une complice de Poséidon et une déesse de la fécondité, voire de l’amour. A Delphes, elle partage un même espace avec Ilithyie, une déesse des femmes enceintes.

        Athéna était la mère de l’un des premiers souverains mythique de l’Athènes, Érichthonios. Un jour qu’Athéna rendait visite au dieu-forgeron Héphaïstos, il essaya de la violer. La déesse s’enfuit mais Héphaïstos la rattrapa sur l’Acropole et elle dut se débattre une nouvelle fois. Bien qu’elle parvînt à repousser son agresseur, du sperme coula sur sa jambe. Dégoûtée, elle s’essuya avec de la laine qu’elle jeta ensuite par terre. C’est de la terre que naquit un fils, Érichthonios. Athéna le recueillit et le considéra comme son enfant. Précision intéressante, selon le Romain Hygin, c’était Poséidon qui avait incité Héphaïstos à forcer Athéna. Cette histoire peut ainsi être rapprochée d’un autre mythe, conté par le poète romain Ovide dans ses célèbres Métamorphoses. Tandis qu’une fille de roi se promenait le long du rivage, Poséidon s’enflamma pour elle. Il lui fit des avances puis il essaya de la violenter. Elle se sauva éperdument et appela à l’aide. L’ayant entendue, Athéna la changea en une corneille, l’un des oiseaux avec lesquels elle était intimement liée.

        On peut encore citer l’histoire de Méduse, avec laquelle Athéna entretenait des relations assez ambiguës. Elle était une belle jeune fille qui s’unit avec Poséidon dans le temple d’Athéna. Pour l’en punir, la déesse la changea en une Gorgone, un créature repoussante qui avait des serpents pour cheveux. Plus tard, Athéna aida Persée à la décapiter et elle fixa sa tête sur son bouclier. Pourtant, elle inventa la flûte pour imiter les plaintes d’Euryale et Sthéno, les deux sœurs immortelles de Méduse, ainsi que les sifflements des serpents de leurs chevelures. Elle était qualifiée de gorgôpis, « celle au regard gorgós » ou « Celle de la Gorgone », car son regard s’identifiait à celui de la Gorgone Méduse. Il est donc possible d’identifier Athéna aux trois Gorgones. Plus exactement, elles représentent l’aspect infernal de la déesse, qu’elle acquiert après son union avec Poséidon, à la fois violeur et amant. L’antagonisme entre Athéna et Méduse reproduit l’opposition entre deux aspects contradictoires d’Athéna, la vierge guerrière (de deuxième fonction, en termes duméziliens) et la compagne de Poséidon, une déesse donneuse de fécondité liée aux Enfers (de troisième fonction).

La naissance dAthéna. La déesse représentée à droite est Ilithyie.

        Son aspect guerrier a été privilégié. Elle était souvent représentée en armes, avec un casque et un bouclier. De Zeus, elle tenait l’Égide, qui était une peau de chèvre. Le mythe de sa naissance se présente ainsi : Zeus s’étant uni avec Métis, il l’avala par crainte de la progéniture qu’il allait avoir, mais il fut pris d’un terrible mal de tête. Héphaïstos fendit son crâne d’un coup de hache et Athéna en jaillit tout armée. Amie des héros, elle avait le pouvoir de conférer la royauté. C’est elle qui fit de Cadmos le roi de Thèbes et lui trouva son épouse Harmonie. En tant que déesse de la Victoire, elle était appelée Athéna Nikê.

        Elle était la déesse de la Sagesse et des activités intellectuelles et politiques (elle était qualifiée de Polias « de la Cité »). A ce titre, l’oiseau qui lui était associé était la chouette. Athéna étant la protectrice d’Athènes, cet oiseau est devenu un symbole de cette cité. En Grèce, les corneilles et les chouettes sont censées être ennemies, ce qui témoigne des contradictions propres à Athéna. Bien qu’étant une déesse guerrière, elle s’occupe aussi bien de la paix (Eirénia).

        Elle était aussi la patronne des techniques, en particulier du tissage et des arts du feu. A la suite d’un concours de tissage avec Arachné, elle transforma cette jeune fille en une araignée. Elle enseignait le tissage aux petites filles. L’invention de l’araire et de l’attelage des bœufs lui est attribuée. Elle était donc qualifiée d’Agripha « Agricultrice ». Enfin, en tant que Hygéia, elle protégeait la santé.

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