Les
Arméniens disposent d’un État
indépendant
depuis août 1990, suite à l’effondrement
de
l’URSS, alors
qu’ils étaient un peuple sans pays depuis une
grande partie
des Ier
et
IIe
millénaires. Son territoire est toutefois réduit,
avec
ses 29 800 km². Sa population dépasse actuellement
les
trois millions de personnes. Au sein de
l’Azebaïdjan, se
trouve un territoire peuplé à 98%
d’Arméniens
qui a déclaré son indépendance en
septembre
1991, le Haut-Karabagh. Il comprend environ 145 000 habitants. Il
existe également une importante diaspora
arménienne en
Europe et en Amérique. Le génocide
perpétré
par les Turcs durant la Première Guerre Mondiale a quasiment
éliminé ce peuple de la Turquie orientale,
où il
était pourtant installé depuis quatre
millénaires.
Les Arméniens s’appellent eux-mêmes Hay (Hayer au pluriel). Leur pays est le Hayastan. Ce nom dérive de celui du patriarche légendaire de l’Arménie, Hayk, réputé être un descendant de Noé. La langue arménienne occupe une place à part au sein de la famille indo-européenne ; une distinction doit être établie entre ses dialectes occidentaux et orientaux. Des chercheurs ont voulu l’apparenter au phrygien, mais sans se montrer convaincants. Les contacts prolongés des Arméniens avec les peuples non indo-européens du Caucase, notamment les Ourartéens, ont provoqué de profonds bouleversements phonétiques. C’est ainsi que l’indo-européen commun *dwō(w) « deux », est devenu erku en arménien. Cette transformation a été régulière, c’est-à-dire conforme aux lois phonétiques.
Sur le territoire de l’Arménie, de la Géorgie et de l’Azerbaïdjan, la métallurgie du bronze est apparue au sein d’une culture dite kouro-araxienne, datée de -3500 à -2400. On pratiquait l’agriculture et l’élevage ; les maisons étaient de plan rectangulaire, en briques de terre cuite. Cette culture s’étendit à partir de -2400 jusqu’en Syrie. Vers -2100, les villages furent abandonnés tandis que des kourganes commençaient à parsemer le territoire : une nouvelle population s’était installée, constituée de pasteurs nomades au tempérament guerrier. Ils étaient probablement les premiers Arméniens, qui provenaient d’Anatolie. Auparavant, ils se trouvaient sûrement dans les Balkans, et selon la théorie des Kourganes, leur territoire d’origine était l’Ukraine. Les établissements sédentaires réapparurent seulement vers -1500. Il s’agissait d’enceintes fortifiées de grandes tailles construites au sommet de collines, qui étaient sans doute des centres politiques et militaires de principautés.

Le lac Sevan, au centre de l’Arménie Le moine Mersop, créateur de l’écriture arménienne
Les Arméniens apparaissent pour la première fois dans les textes hittites à partir du XIVe siècle avant notre ère. Ils avaient fondé des royaumes appelés Hayasa (nom sans rapport avec celui de Hayk), Azzi, Zuhma ou Isuwa, situés au nord-est de l’empire hittite, mais il est possible que le Hayasa et l’Azzi aient été identiques. Le roi hittite Tuthaliya III, qui régna de -1375 à -1348, fut confronté à une attaque des Arméniens. Alors qu’il était encore au pouvoir, mais affaibli par la vieillesse et la maladie, son fils Suppiluliuma vainquit Karanni, le roi de l’Azzi/Hayasa, et conclut un accord avec lui. Les textes donnent les noms de deux successeurs de Karanni, Mariya et Hukkana. Le premier d’entre eux épousa une princesse hittite. Après quelques années de paix, l’Azzi/Hayasa lança de nouvelles attaques. Le roi hittite Mursili II, arrivé au pouvoir en -1321, parvint à le détruire à l’issue une longue campagne. Dès lors, les Arméniens cessèrent d’être une menace pour les Hittites.
En Mésopotamie, le XIVe siècle fut marqué par l’apparition de la puissance assyrienne, qui put rivaliser avec celle de Babylone et des Hittites. Les annales assyrienne parlent alors du Nairi, que le roi Téglatphalasar attaqua en -1144. Ce souverain atteignit le lac de Van à 400 km au nord de Ninive, sa capitale. Le Nairi était gouverné par 23 rois ; il s’agissait donc d’un ensemble de principautés dépourvu d’unité politique. A cette époque, l’empire hittite s’était effondré et les Phrygiens commençaient à s’installer en Anatolie.
Au sein du Nairi, les Arméniens étaient mêlés à un peuple non indo-européen, les Ourartéens. Ils parlaient une langue apparentée à celles du Caucase, comme le géorgien et l’ibérien (ainsi qu’à celle des Hourrites, voisins des Hittites), qui eut une profonde influence sur l’arménien. En -880, un Ourartéen nommé Aramé unifia le Nairi en réaction à la pression assyrienne. Ce nouveau royaume, l’Ourartou, comprenait le territoire actuel de l’Arménie et s’étendait plus au sud jusqu’aux lacs de Van et d’Ourmia. Quelques siècles plus tard, cet État allait être connu des Perses sous le nom d’Armina. Chadouri I, le successeur d’Aramé, installa sa capitale sur la rive orientale du lac de Van. Elle était appelée Tushpa, nom correspondant à l’arménien Tosp. En -735, le roi Chardouri II fut confronté à une invasion assyrienne. L’Ourartou s’effondra en -585, alors que les Assyriens avaient été vaincus par les Mèdes (des Iraniens proche des Perses) et les Babyloniens. Une importante immigration phrygienne se reproduisit sur son territoire.
L’Ourartou à l’époque de Chardouri II (cliquez sur la carte pour l’agrandir)
Arméniens et Phrygiens furent dominés par les Mèdes, puis à partir de -519 par les Perses. Après avoir détruit l’empire achéménide en -331, Alexandre le Grand annexa l’Arménie. Si le règne de ce conquérant fut éphémère, son empire revint en -312 à son lieutenant Séleucos, qui fonda la dynastie des Séleucides. Basée en Syrie (ses deux capitales étaient Antioche, actuellement en Turquie près de la frontière syrienne, et Séleucie du Tigre), elle domina les Parthes, des nomades iraniens vivant sur les rives orientales de la Mer Caspienne. Vers -247, un personnage aux origines obscures, Arsace, se révolta contre le gouverneur installé en Parthie et en prit le contrôle. Il disposa de 37 années pour consolider son pouvoir, devenant un véritable roi des Parthes et fondant la dynastie des Arsacides. Affaibli, l’empire des Séleucides retrouva sa puissance grâce à Antiochos III, arrivé au pouvoir en -223. Vers -212, il reconquit l’Arménie, devenue quasiment indépendante, et y installa deux stratèges.
A l’ouest de son empire, Antiochos III se heurta aux Romains. Il subit une défaite en -189 à Magnésie et conclut l’année suivante un traité de paix à Apamée qui l’obligeait à payer une très lourde indemnité aux Romains. Les satrapes d’Arménie proclamèrent alors leur indépendance, créant deux royaumes voisins, mais avec le soutien de Rome. L’un d’eux, appelé Artaxias dans les textes grecs et Artachès dans les textes romains, fonda la dynastie des Artaxiades. Bien qu’étant d’origine iranienne, elle hellénisa l’Arménie. Le grec fut utilisé dans les documents officiels. Du côté parthe, l’Arsacide Mithridate Ier, qui régna de -171 à -138, créa un véritable empire grâce à ses victoires sur les Séleucides. En -141, il occupa Babylone et Séleucie du Tigre. Les Séleucides furent définitivement éliminés de la Mésopotamie à la mort en -129 de leur souverain Antiochos VII, tué tandis qu’il combattait les Parthes. En -123, deux rois arrièvrent au pouvoir, Artavazde II (un Artaxiade) chez les Arméniens et Mithridate II chez les Parthes. Ce dernier s’intéressa particulièrement à l’Arménie, à cause de son intérêt stratégique. Vers -110, il attaqua Artavazde II et prit son fils Tigrane comme otage. Celui-ci put succéder à son père en -95 en cédant aux Parthes une partie de son territoire.
Aussitôt, il unifia les deux royaumes arméniens. Poursuivant ses conquêtes, il annexa en -83 la Syrie, privant les Séleucides de tout leur pouvoir. L’Arménie connut alors son expansion territoriale maximale. Tigrane dut cependant se battre contre les Romains et les Parthes. En -71, le général romain Lucius Lucullus détruisit la capitale qu’il avait fondée, Trigranocerte. Les habitants d’Antioche prirent comme roi un Séleucide, Antiochos XIII, dont Tigrane avait tué la mère. Pour affaiblir ce dernier, Lucullus approuvra cette nomination. En -66, vaincu par Pompée, Tigrane devint un vassal de Rome. Deux ans plus tard, Pompée conquit la Syrie avec le soutien des troupes arméniennes et fit assassiner Antiochos XIII, éliminant définitivement les Séleucides. La Syrie devint une province romaine. Un fils de Tigrane, Artavazde III, lui succéda en -56. Il était un roi féru de culture grecque qui aurait composé des tragédies. Trois ans plus tard, les troupes romaines subirent une écrasante défaite à Carrhes, face aux Parthes. La tête de leur général, Crassus, fut amenée en Arménie, où se trouvait alors le souverain parthe Orode II.
L’empire de
Tigrane le Grand
La bataille de Carrhes fut le début d’une longue période d’hostilité entre les Romains et les Parthes durant laquelle chacun des deux adversaires essaya de contrôler l’Arménie. Ce fut d’abord à Marc Antoine que revint la charge de lancer en -36 une campagne contre les Parthes. Il eut l’appui d’Artavazde III mais les Parthes le vainquirent et le roi des Arméniens se rangea du côté de ses ennemis. Marc Antoine se vengea en faisant emprisonner Artavazde III puis en le faisant exécuter à Alexandrie par Cléopâtre. Durant le Ier siècle de notre ère, l’empereur arsacide Vologèse I (51-78), plaça son frère cadet Tiridate sur le trône d’Arménie. Néron désirant également contrôler ce pays, une guerre éclata. Après leur défaite en 63 à Rhandeia, les Romains fut contraints à la négociation. Il fut décidé que des souverains parthes régneraient sur l’Arménie, mais sous protectorat romain : Néron sacra Tiridate roi d’Arménie lors d’une cérémonie à Rome. Ce fut alors la fin de la dynastie des Artaxiades, remplacée par celle des Arsacides d’Arménie. Celle-ci subsista jusqu’en 428. Le traité romano-parthe fut rompu par Trajan, qui lança en 114 une grande campagne contre les Parthes. Il commença par annexer l’Arménie. Ses troupes entrèrent ensuite dans le territoire parthe mais elles furent repoussées. La mort de Trajan en 117 mit fin à ce conflit.
L’histoire de
l’Arménie aux premiers siècles de notre
ère n’est pas bien connue. La
société
arménienne s’iranisa fortement et la langue
arménienne
se chargea d’un important vocabulaire iranien. Elle subsista
cependant, devenant le principal facteur de différenciation
des Arméniens et des Iraniens. En Perse, une nouvelle
dynastie, celle des Sassanides, arriva au pouvoir en 224. Les
Arsacides d’Arménie entrèrent en guerre
contre eux
mais l’empereur perse Shahpuhr I fit traitreusement
assassiner leur
roi Tiridate II et conquit leur pays en 252. Huit ans plus tard,
l’empereur romain Valérien fut fait prisonnier par
les
Perses. A partir de 283, les Romains reprirent l’avantage, et
en
287, ils mirent Tiridate III sur le trône
d’Arménie.
Leur alliance avec les Arméniens eut pour ceux-ci une
conséquence capitale : ils se convertirent au
christianisme en 301. Selon Moïse de Khorène, ce
fut
l’œuvre
de Saint-Grégoire
l’Illuminateur. Si cette date est exacte,
l’Arménie fut la
première nation chrétienne puisque les Romains se
convertirent en 312, sous le règne de Constantin. En
conséquence, une séparation culturelle de
l’Arménie
et de l’Iran se produisit, les Sassanides choississant le
zoroastrisme (une religion purement iranienne) comme religion
officielle. Au début du Ve
siècle, afin de traduire la Bible, le moine Mesrop dota la
langue arménienne d’une écriture
toujours utilisée.
Les Romains et les Perses commencèrent à se
partager
l’Arménie en 379, la plus grande partie de ce pays
étant
soumis aux seconds. La dynastie des Arsacides
d’Arménie fut
supprimée en 428 mais la langue et la religion
assurèrent
la survie d’une identité arménienne.